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La Suite

J’avais décrit les aberrations m’ayant conduit à tenter le zéro déchet dans une (longue) partie introductive à retrouver ici. Pour ta mère et autres novices, voici maintenant la seconde partie.

Le Zéro Déchet, oui mais comment ?

Viser le zéro déchet est un objectif ambitieux qui peut rapidement virer au casse-tête. Heureusement la papesse du ZD, Sainte Bea Johnson, a imaginé la fameuse règle des 5 R, une sorte de fil rouge à suivre pour se dépatouiller avec tout çà au quotidien.

La voici, la voilà, un brin customisée.

1 – « Refuser »

Refuser tous les trucs pas indispensables comme les prospectus publicitaires (utiliser un stop-pub), les sacs et pailles en plastique, les serviettes en papier, gobelets et couverts jetables. En fait tous les objets à usage unique. Mais aussi ; les tickets de caisse, les papiers cadeaux (faire des Furoshikis), les échantillons gratuits et tous ces petites babioles en plastique made in China qui se cassent en 10 minutes.

Surtout ne dis pas « oui mais c’est pratique !? » ni « mais puisqu’ils sont là, autant les utiliser !?! » NON. Résiste, prouve que tu existes ! Les prendre ce serait créer un appel d’air ; l’exemplaire est remplacé, çà stimule sa production ! Sérieusement, as-tu vraiment besoin de ces échantillons de shampooing antipelliculaire qui traineront dans ta salle de bain pendant des lustres ?? De ce nième stylo à bille estampillé Mairie de Palavas-les-flots qui envahira tes tiroirs (et restera introuvable quand tu en auras besoin) ?! Nos vieux s’en sortaient très bien avant, sans tous ces gadgets.

==> Refuser c’est apprendre à dire non, niet, merci ! Comme par exemple  « un mojito un sirop sans paille silvouplè ! » . Jusqu’ici que du bon-sens. Pas trop contraignant franchement.

2 – « Réduire »

Réduire c’est le plus gros du travail en zéro déchet. On ne peut pas tout écarter d’un revers de main, à moins de vivre en ascète dans une grotte (ce qui me tente moyennement). Il faut donc trouver des solutions pour réduire les « inévitables », comme les emballages alimentaires.

Une alternative est d’acheter les produits les moins transformés possible, sans emballage et privilégier le fait-maison (pour l’alimentaire, les produits ménagers, d’hygiène et les cosmétiques). On les trouve en vente-directe, sur les marchés, en AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), en achetant en vrac avec ses propres contenants réutilisables (Tupperware, boites inox, sacs en tissu etc.) dans les magasins spécialisés comme les Day by Day ou autres épicerie de vrac, ou dans les magasins bio, chez les petits artisans…

Cette étape invite en fait à revoir sa manière de consommer, à s’interroger sur ce qui est indispensable, ce dont on a vraiment besoin (et pas juste envie). Réduire ses déchets en amont c’est prendre le mal par la racine, repenser sa consommation et sa manière de vivre (transport, eau, énergie etc.).

C’est souvent ici que çà coince pour les seniors (et les autres). L’argument habituel est « oui mais c’est compliqué » ou « oui mais je n’ai pas le temps de tout faire-maison ». Arguments légitimes … mais honnêtement ça se discute ! Au fond le plus gros blocage est la remise en cause de notre conception du bonheur, de ce qu’est une vie réussie, l’idée du « Progrès » et cette fichue croissance érigée en but ultime par nos parents et grands-parents. Pas facile de déjouer les pièges de la mode et de la publicité, de l’obsolescence programmée et de prendre du recul sur ces normes sociales.

Petit aparté : Certain(e)s arriveront jusqu’au minimalisme (cf. notamment méthode Konmari) mais j’en suis loin. De manière plus abordable, je vous propose ci-dessous un petit aide-mémoire simplissime des questions à se poser avant un achat. Il s’agit de la « méthode BISOU » des licornes du groupe Facebook « Gestion budgétaire, entraide et minimalisme » <3

==> Réduire c’est consommer autrement, par exemple des produits « bruts » (avec ses propres contenants réutilisables).

3 – « Réutiliser »

Réutiliser ce que l’on a ni refusé ni réduit (ou pas assez), c’est choisir des objets que l’on peut réemployer (comme dit plus haut avec des contenants en verre, gourde en inox plutôt que bouteille en plastique, etc.), ou leur trouver une nouvelle utilité, acheter d’occasion (en vide-grenier, friperies, ressourceries, sites de dons, de trocs ou d’occasion), louer ou emprunter (au près de nos proches, en bibliothèque/ludothèques etc.) et prendre l’habitude d’essayer de réparer (via les Repair Cafés par exemple)…. avant d’envisager de jeter. Éviter le gâchis (= waste) et réutiliser, voilà qui plaira particulièrement au bon sens « économe » de la génération d’après-guerre.

==> Réutiliser c’est faire preuve de créativité ; tout est prétexte à invention et recherche d’alternatives, des plus tenables aux plus farfelues. Cet aspect créatif et ludique est une des grandes vertus du Zéro Déchet !

4 – « Recycler »

Le 4ème R, le recyclage, vient en bout de chaine : si je n’ai pas pu refuser/réduire complètement ma conso, ni trouvé d’alternative ou de substitut acceptable, il est alors préférable d’utiliser un objet recyclable, celui avec le moins d’impact environnemental possible (en verre, inox, métal, bois par exemple).

A ce niveau, en poussant le raisonnement ZD jusqu’au bout, on mettra un léger bémol sur les objets recyclables et un gros bémol sur ceux en matériau recyclé (en plastique). S’autosatisfaire de bien trier ses déchets c’est oublier le coût écologique du recyclage (cf. partie 1). Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Mais un objet recyclable (même s’il ne va pas forcément être recyclé) reste préférable à un objet qui finira directement à l’incinérateur ou en décharge. Pour ta polaire en plastique recyclé, tu feras mieux la prochaine fois 😉

L’idée sous-jacente à ce 4ème R est de favoriser l’économie circulaire, visant à limiter le gaspillage des ressources et l’impact environnemental en augmentant l’efficacité à tous les stades du cycle de vie d’un produit (cf. ADEME). 

==> Recycler c’est réfléchir aux tenants et aux aboutissants de sa consommation et penser économie circulaire.

5 – R comme « Rot » (composter in english)

Normalement, le 5ème R de la méthode ZD de Bea Johnson correspond à « Rot » qui signifie composter.

Si tu souhaites te mettre au compostage sans savoir par où commencer, je te recommande le site sur les biodéchets créer par l’association Zero Waste France à retrouver ici.

Composter va de paire avec la partie « recyclage », car le compostage c’est le recyclage de la matière organique (forcément).

Donc finalement, pour la 5ème étape, je préfère le point proposé par la Famille (presque) Zéro Déchet qui me paraît beaucoup plus pertinent : R comme « Revendiquer ». 

5 bis – Revendiquer, pilier de la démarche Zéro Déchet

L’intérêt de la démarche ne réside pas dans le calcul précis de ce qui a été jeté (ou pas). S’aventurer sur le terrain des chiffres, en décidant ce qui est zéro déchet et ce qui ne l’est pas (avec distribution de bons et de mauvais points) me paraît totalement hypocrite en plus d’être contre-productif et dangereux. On n’oublie souvent les externalités ; quand tu passes par des services/prestataires extérieurs type resto ou réparateurs professionnels qui font des déchets à ta place ! Vous je ne sais pas, mais moi je ne suis pas experte en évaluation environnementale. Je n’adhère donc pas trop à l’idée de craner avec son mini-bocal (pour ceux qui « masteurisent »). De toutes façons, on est toujours le sale-pollueur de quelqu’un.

Il est important de revendiquer, car il faut un changement sociétal. Partager sur le ZD permet de mettre en commun les expériences, d’améliorer les process et savoir-faire, favoriser les innovations. C’est la meilleure manière pour que la société change (et pour qu’on accepte mes bocaux au supermarché damned!). Plus on échangera sur le sujet, plus la démarche deviendra facile.

Ce cheminement a une formidable valeur d’exemple : démontrer que c’est possible et que c’est bon pour la planète, le porte-monnaie (produits bruts moins chers, conso réduite), le corps (vie plus saine, moins de perturbateurs endocriniens) et l’esprit (côté ludique et créatif, sentiment d’utilité) et la société (produits locaux, emploi local) !

Je n’aime pas les phrases bisounours, reprises maintes et maintes fois, mais je ne peux m’empêcher de penser à la fameuse phrase de Gandhi « Sois le changement que tu veux voir en ce monde » …. ou de manière plus pragmatique ; « Ne t’attaque pas au système, démode le ! » (dixit je-ne-sais-pas-qui).

Le Zéro Déchet est une démarche globale

Le Zéro Déchet est une démarche globale, pas un but à atteindre coûte que coûte, encore moins un dogme. L’idée des 5R n’est pas de tout changer du jour au lendemain, mais d’avancer progressivement. On fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a, et une situation qui est propre à chacun(e). Chi va sano, va piano.

Bref le mouvement Zéro Déchet est le versant pratique de toute conscience écolo et citoyenne. Une démarche qui nous amène à nous interroger sur notre impact environnemental, économique, social et politique à l’échelle globale. Je rassure nos petites mamans/mamies, l’idée n’est pas forcément de vivre dans le Larzac en sarouel à fleurs, mais de faire mieux avec ce qu’on a. Pour moi, c’est çà la vraie modernité.

Et toi, tu connais le Zéro Déchet ? Tu le pratiques ? Dans quels domaines ?