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Introduction au Zéro déchet

Il était une fois Papy & Mamy-Boom

Avoir un mode de vie écolo et Zéro déchet, c’est un peu une lutte contre soi-même, contre son conditionnement, une remise en cause de son petit confort de vie. Parfois il faut composer avec les réactions perplexes de son entourage, parmi lesquelles celle de sa propre mère :

« Mais qu’est-ce que tu as encore inventé pour te compliquer la vie ?!? »

Pour la génération baby-boom, la génération matérialiste d’après-guerre, l’écologie est une bizarrerie. Pour cette génération qui a connue les 30 Glorieuses, un marché de l’emploi exceptionnel, de grandes réformes sociales, l’avènement de la société de consommation et qui a pu vivre la révolution du plastique et du tout-jetable comme une libération (de la femme), le Zéro Déchet est difficile à concevoir (et à intégrer).

Je te propose un petit cours de rattrapage, style « le Zéro Déchet pour les nuls », ou tout au moins ce que j’en comprends à mon modeste niveau. Mais pas pour les nuls, non, pour tous les Papy et Mamy-Boom, et les plus jeunes.

Zéro Déchet, Zero Waste, Was ist das ??

Quand on évoque le Zéro déchet (ZD), en général les gens pensent à « cette Américaine qui ne produit qu’un petit bocal de déchets par an ». Cette Américaine c’est Bea Johnson, une Française qui a insufflé un premier élan populaire au mouvement Zéro Déchet en France et dans le monde grâce à son livre Zéro Déchet sorti en 2015 (cf. son blog Zero Waste Home). Elle n’est pas la première à s’être lancée dans une vie sans déchet, puisque Colin Beavan notamment a raconté son expérience dès 2011 dans son formidable ouvrage No Impact Man. Sont apparus ensuite de nombreux auteurs, notamment la très célèbre Famille (presque) Zéro Déchet (2016).

 

 

Le ZD est une démarche de réduction des déchets, mais si c’était aussi basique que çà, il n’y aurait pas un tel engouement pour ce mouvement, tu ne crois pas ?? (mais on est d’accord que l’engouement populaire n’est pas un gage de qualité). Le Zéro Déchet c’est bien plus qu’une histoire de poubelle. C’est un véritable mode de vie.

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Le Zéro Déchet c’est pas « poubelle la vie »

De l’anglais « Zero Waste » (waste signifiant « déchet » mais aussi « gâchis ») le Zéro Déchet peut se définir comme « une stratégie holistique visant la réduction de la quantité de déchets produits par la civilisation industrielle » (Wikipedia). On tend à ne (presque) plus produire de déchets IDÉALEMENT, et à minima faire en sorte que les déchets des uns deviennent ressources pour d’autres (un peu comme dans un écosystème en équilibre), car comme disait Lavoisier :

«  Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » !Zero Waste, Zero Waste France, Zéro Déchet, Logo

« Holistique » parce que la démarche est globale et suppose la mobilisation de tous les acteurs de la société (consommateurs, collectivités, entreprises) pour repenser nos modes de vie et de consommation. Ainsi (dixit l’association Zero Waste France) on va prôner la sobriété et l’efficacité dans l’utilisation des ressources d’une part, et la réduction du gaspillage (« waste ») et des déchets (par l’écoconception, une consommation écoresponsable, le réemploi et la valorisation de la matière première) d’autre part.

Pourquoi le Zéro Déchet ?

Sans vouloir plomber l’ambiance, le changement climatique et la perte de biodiversité (ou les « changements globaux ») ne sont pas une allégorie extravagante de bobo-en-mal-de-sensations. C’est une vérité scientifique tangible qui risque de nous exploser à la figure d’ici quelques décennies, voire beaucoup plus tôt. Il est urgent d’agir.

Bisounours écolo, écologie, Green

Dans nos démocraties occidentales, nous sommes d’abord des consommateurs avant d’être des citoyens. Ma consommation a quasiment plus d’impacts que mon vote ; impact environnemental, économique, social et politique, à un niveau local et global (mondial). Si je veux que le destin du monde prenne une tournure plus positive, c’est par ma consommation que je peux agir. 

Une réalité démente (et absurde)

Chaque français produit en moyenne 390kg de déchets ménagers par an. Des années 1960 aux années 2000, la production d’ordures ménagères a carrément doublé. Pire, ces 390 kg de déchets ménagers ne sont que la partie visible de l’iceberg. Le processus d’extraction et de transformation des matières premières pour la fabrication des produits que nous consommons, puis leurs transports, entrainent une quantité de déchets cachés, « sac à dos écologique » ou « énergie grise », 35 fois supérieure à celle de nos déchets ménagers ! Un téléphone portable engendre 75kg de déchets cachés. Un Européen consomme 50 tonnes de ressources par an environ, dont une toute petite parcelle seulement termine entre ses mains sous forme de produit ! (source)

En France, si on exclut les déchets organiques qui partiront au compostage et ceux des déchèteries, 84% des déchets collectés sont  enfouis ou brulés, ce qui pose de grosses questions sanitaires et environnementales.

 

Zero Waste, Zéro Déchet, Usine d'incinération

Les incinérateurs : la fausse bonne solution

Incinérer des déchets est déjà en soi un gâchis de matière/matériaux. De plus les incinérateurs produisent des « résidus d’épuration » les REFIOM particulièrement toxiques, car concentrant une partie des polluants contenus dans les fumées ; dioxines, furanes, métaux lourds, et méthane. Les résidus solides issus de la combustion, les mâchefers, sont toxiques eux aussi (métaux lourds) et parfois envoyés en décharge ! Bref l’art de faire du toxique avec du pas-toxique. Mamy et Papy-Boom ont la fâcheuse tendance à se laisser embobiner par l’idée qu’on « n’arrête pas le progrès ». Et pourtant non, la science et la technologie ne font pas tout.

 

Les décharges ou le degré zéro de l’intelligence

Les décharges (à ne pas confondre avec les déchetteries) c’est simple : un trou, une bâche (« géomembrane »), hop on entasse les déchets et… on attend leur décomposition. En fin d’exploitation, on recouvre avec de la terre et du gazon, ni vu ni connu, comme si de rien n’était Paulette. Il arrive parfois que la bâche ne soit pas imperméable à certaines substances toxiques. Le jus toxique issu de la décomposition des déchets et du ruissellement des pluies peut alors s’infiltrer dans le sol, voire même dans les nappes phréatiques. Là aussi du méthane et autres polluants gazeux sont rejetés, rarement valorisés et régulièrement brulés sur place (cf. le livret Déchets_les_gros_mots.pdf de Zero Waste France et Wikipedia) Il faut être un peu mou du bulbe pour voir çà comme une « solution », non ? Mais on me dit à l’oreillette que les décharges ferment les unes après les autres, que ce n’est plus le modèle de gestion des déchets aujourd’hui. Mouais…

 

Les limites du recyclage

Le recyclage ou la voie d’absolution pour les consomm’acteurs des temps modernes. Quand on sait que seule la moitié des emballages sont jetés dans la bonne poubelle de tri sélectif (source Ademe), on se dit qu’il y a du progrès à faire. Et puis le recyclage ce n’est pas la panacée. Si la majorité des cartons, métaux et verres sont recyclés, quid du coût énergétique et environnemental de leur production ? L’énergie mobilisée pour le recyclage est parfois plus importante que pour la fabrication des produits eux-même.

Ce qui me turlupine, c’est le sort des plastiques : un quart d’entre eux seulement sont effectivement recyclés et seuls 4 types de plastiques sont recyclables. Et ils ne sont recyclables qu’une seule foi! En fait, l’idée de « c’est pas grave, c’est recyclable » est complètement fallacieuse. Recycler le plastique ne fait que retarder le moment où il finira brûlé (au mieux) ou dans les océans (au pire).

On parle d’un scandale sanitaire et environnemental à venir avec la dégradation des plastiques dans l’environnement (provenant des emballages mais aussi des produits cosmétiques ou ménagers), en particulier dans les océans. Imaginez une sorte de soupe de milliards de nano-particules de plastiques qui entrent dans le cycle de l’eau et indirectement dans nos organismes à travers notre nourriture (= réseau trophique) !? Miam !

Et encore en France, décharges, incinérateurs hight-tech, recyclage, on a de la chance… Mais en Asie, en Afrique, dans plein de pays du monde ils n’ont pas ces « solutions » techniques.

Or aujourd’hui le plastique est partout autour de nous. Dans les emballages, la majorité de nos objets du quotidien, nos vêtements… On respire plastique, on mange plastique, on boit plastique, on rêve plastique. Ça déborde de nos poubelles, à tel point qu’on a découvert un 7e continent de plastiques (6 fois la France) !!

J’invite les plus motivés d’entre vous à regarder le documentaire Trashed sorti en 2012.

Le Zéro Déchet : un mode de vie soutenable

Le plus révoltant, c’est qu’alors même qu’on nous parlent « changement climatique » et écologie tous azimuts, on nous greenwashing le cerveau. Concrètement les m***** que nos sociétés de (sur)consommation vomissent, tout le monde semble s’en tamponner le coquillard.

Le revers du plastique, c’est pas fantastique, surtout quand on connait les conséquences géopolitiques de notre dépendance au pétrole (guerres, terrorisme…).

On marche sur la tête depuis des décennies, mais on peut agir sur une bonne partie de ces déchets grâce au Zéro Déchet qui encourage une société économiquement et écologiquement viable, socialement innovante. Bon, ça rappelle la définition du Développement durable « tarte à la crème » des années 90, qu’on nous rabâchait à la fac ; une voie « économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable »… sauf qu’ici on nous propose une vraie démarche, une méthode. Certes, ça n’empêchera pas complétement les déchets « cachés », la pollution des transports et la destruction des écosystèmes par l’agriculture productiviste ou autre, mais à notre petite échelle on pourra dire ; « je ne suis plus complice, je fais ma part ».

Reste à savoir comment on s’y prend

La suite au prochain épisode  ! (rire diabolique)