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Mon ptit coming-out végé

Depuis cet été, j’ai décidé de ne plus (du tout) manger de viande. L’empreinte environnementale de mon alimentation carnée commençait à peser trop lourd sur ma conscience.

Je me suis posée beaucoup de questions sur le végétarisme (régime alimentaire excluant toute chair animale -poisson compris) et le végétalisme (excluant tous aliments issus des animaux -lait, œufs, miel inclus). Je vous partage ici mon cheminement personnel et ma vision du végéta*isme avec du cri-de-la-carotte et du les-vegans-sont-ils-des-extremistes dedans (teaser de ouf).

Entre les lundis verts et les vitrines des boucheries, c’est troop tendance ces temps-ci , je sais (pas d’bol). Mais je t’arrête de suite, toi lecteur à l’esprit critique bien aiguisé, je ne me suis pas réveillée un matin en me demandant à quel truc de bobo-écolo je pouvais bien encore me convertir -sachant que je suis déjà bien atteinte. C’est venu crescendo.

Une famille de viandards invétérés.

Comme chez beaucoup de français.es, chez moi la viande c’était sacrée ; un repas sans protéine animale c’était un peu la dèche.

Après une phase végétarienne à l’adolescence, j’ai pris la tangente et fait honneur à la tradition familiale en revendiquant régulièrement mon aversion pour les légumes, genre « j’mange pas de verdure moi, j’suis pas une chèvre, sans déconner ! ». La fille qui dévore le steak haché cru direct dans la barquette. Et qui s’en vante. Ça m’est resté longtemps

 

Une empreinte écologique monstrueuse

Nous sommes de plus en plus nombreux à réaliser que la consommation de produits animaux est une source énorme de Gaz à Effet de Serre (GES) anthropiques, autant (voire même plus selon les sources) que le secteur des transports (FAO, GIEC). L’impact de l’élevage sur les écosystèmes et la biodiversité est colossal ; destruction des habitats, surpêche, pluies acides, pollution des sols, des cours d’eau et des nappes phréatiques. Ce à quoi on peut ajouter une grosse conso d’eau et d’énergie, sachant que pour produire 1 kg de viande il faut 3 à 10 kg de végétaux (cf. vidéo du Monde.fr). Sans parler de l’impact sur la santé humaine et la question du bien-être animal. La facture est salée.

Tous mes efforts en termes d’écologie, de zéro déchet, c’est peanuts à côté de la barback !

Quand tu sais, mais que tu ne changes rien

Bizarrement les arguments rationnels (émission de GES, destructions des habitats etc.) me passaient au-dessus de la tête. Jusqu’au jour où les verrous ont commencé à sauter les uns après les autres.

Dans l’cochon tout est bon.

Tout a commencé avec un reportage de France Inter, dans lequel j’ai appris avec stupéfaction que les cochons, que je savais très intelligents, le sont beaucoup plus que je ne le pensais. Saviez-vous qu’un cochon adulte, dans son environnement naturel, peut avoir le Q.I d’un enfant de 7 ans !?! Oui, vous avez bien lu, 7 ans !!! Là, je pense avec émotion à ma petite dernière, toute fraiche, toute rose, que je trouve déjà très éveillée. Mon échelle de valeur en a pris un coup. Voilà c’est malin, je ne peux plus manger de jambon blanc sans penser à çà. Bordel de m**** ! Pourtant à ce stade, je suis encore trop attachée à l’andouillette, aux côtes de porc à la moutarde, à la Figatelle, au jambon de Parme et à toutes ces petites merveilles de cochonneries charcuterie. Boudiou ! C’est tellement bon, c’est impensable de s’en priver !

-- Première dissonance cognitive --

 

La vitamine B12 et le concept d’animaux emballages.

Par la suite, ma certitude que le végétarisme est contre-nature puisqu’il faut se complémenter (en vitamine B12) a commencé à se fissurer lorsque j’ai appris que la vitamine B12 n’est pas plus produite par les animaux qu’elle ne l’est pas les végétaux. Elle vient de bactéries issues de la terre. Les ruminants la trouvent dans les « souillures » mêlées aux aliments qu’ils consomment. Ils sont les seuls à réussir à « maintenir » ces bactéries dans leurs intestins. Dans nos systèmes d’élevage intensifs et aseptisés, cet apport naturel est insuffisant pour satisfaire les besoins. Aussi la majeure partie des animaux d’élevage dans le monde est supplémentée en vitamines B12. Pas si naturel donc. Je vous invite à regarder l’excellente illustration du concept d’animaux emballages de Insolente Veggie. En plus beaucoup d’omnivores sont eux-mêmes carencés en B12 (comme bien d’autres nutriments). En fait, être végétarien aujourd’hui (et se supplémenter) c’est favoriser les circuits-courts !

-- Second effet kisscool --  MaG 0 : 2 Végétarisme --

Tout çà a piqué ma curiosité.  Alors ok, ne jamais manger de viande n’est pas « naturel » pour un homo sapiens (au regard vif et au poil brillant), néanmoins manger de la bidoche dans notre système actuel l’est-il d’avantage ??

L’hypocrisie du système alimentaire conventionnel

En reprenant les arguments-types attestant que le végétarisme n’est pas logique, tout s’est effondré comme un château de cartes. Dans la série « être omnivore et manger de la viande, est la seule option parce que c’est la loi de la Nature » j’aurais quelques contre-arguments que je vais poser ici.

Omnivore, option végétarienne.

Etre omnivore signifie être capable de se nourrir de tout, et non pas qui doit forcément manger de tout. Cet opportunisme facilite l’adaptation à l’environnement, aux ressources disponibles, et favorise la survie de l’omnivore. C’est une option, l’omni n’est pas condamné à constamment manger de tout pour survivre.

La fausse sélection naturelle

Quand on balance des arguments anti-végé relatifs au cépanaturel, on visualise bien l’homo sapiens comme le super prédateur au top de la chaine alimentaire. Noble image puisque dans son environnement, le prédateur participe à la sélection naturelle. Il nettoie l’écosystème de ses individus les plus faibles ou inaptes ; le lion bouffe la gazelle la plus frêle. On évite ainsi la diffusion de maladies, de tares génétiques et autres joyeusetés… La prédation a un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes et dans l’évolution des espèces (coucou Darwin). Mais dans l’alimentation de l’homo sapiens des temps modernes, où est la sélection « naturelle » !?! L’éleveur choisit artificiellement les espèces animales en fonction de quelques points clefs ; sa croissance,  le goût de sa chaire, le coût des intrants… rien à voir avec l’équilibre des écosystèmes. Les élevages sont « hors-sol », en dehors de la nature. Ainsi le génome des espèces domestiquées s’est considérablement appauvri. La biodiversité s’amenuise jour après jour. L’être humain a simplement détruit en un temps record ce que l’évolution a mis des milliards d’années à réaliser !

Bon néanmoins soyons clair, en France la chasse « sportive » ne nettoie pas non plus la nature hein. Les chasseurs agissent par plaisir, pas pour se nourrir, s’obstinent à chasser les oiseaux migrateurs en février et les espèces menacées, s’attaquent à des oiseaux d’élevage qu’ils relâchent eux-mêmes, utilisent des pièges à glu, etc. Ils sont très loin du rôle de régulateurs et de premiers écologistes de France comme ils aiment à s’appeler. Si demain on me renvoie dans la nature et qu’il faut que je tue pour me nourrir alors soit ! En attendant, ça sera sans moi.

 

Deux-poids, deux-mesures

Ce qui est agaçant c’est que les gens invoquent le côté naturel uniquement quand ça les arrange. Le reste du temps la nature ils s’en contre-fichent (c’est fiant, ça pique, ça pue, c’est pour les péquenauds). En plus, en observant les mécanismes en jeu au cours de l’évolution, on voit bien que la loi de la Nature ne signifie pas forcément la loi du plus fort. Dans le monde vivant, il n’y a pas que de la prédation. Il y a l’entraide, la coopération, le mutualisme, etc. aussi (cf. Pablo Servigne notamment). Mais de toutes façons, nos sociétés modernes, civilisées, sont censées avoir dépassé cette bestialité primaire, hein. Bref.

Bien-être animal, mais pas antispécisme.

Quant au bien-être animal, au départ, je m’en fichais un peu j’avoue (la chaine alimentaire toussa toussa). Mais les conditions d’élevage et d’abattage industriels actuelles, comme le montre les vidéos de L214 , sont déchirantes même pour quelqu’un de pas spécialement bisounours, ni antispéciste. (NB : et tous les végans ne sont pas obligatoirement antispecistes) D’autant plus que la mort est volontairement bien cachée, hors de vue du gentil consommateur lambda. Hypocrite.

Pets de bovins bio sans frontière.

Enfin, consommer uniquement de la viande issue de petits élevages bio ou paysans n’est pas non plus la solution à notre problème d’empreinte écologique. Les animaux d’élevage (bovins) bouffent, boivent, pètent, défèquent et occupent des terres, élevage paysan ou pas. Donc bon…

Le végétalisme, stade ultime de l’évolution de l’humanité ?

Si j’étais totalement cohérente, je deviendrais végétalienne, toutefois je ne suis pas prête à lâcher le beurre salé et le fromage, le miel et les œufs. Nope. Et puis surtout je n’ai pas encore trouvé réponses à mes interrogations quant à la viabilité d’un monde végan (sans élevage donc) en termes de fermeture des paysages, du devenir des milliards d’animaux d’élevage qui seraient libérés (qui les nourrirait ? qui s’en occuperait ?), des impacts écologiques et sociaux de l’industrie textile issue de la pétrochimie (produits synthétiques fabriqués par des enfants chinois ?), du potentiel manque de fumier pour l’agriculture et de la difficulté de valoriser certaines zones sans élevage…

Cela dit, ce n’est pas parce que le modèle n’est pas immédiatement applicable partout, qu’il n’est pas souhaitable.

Sortir de sa zone de confort

 

Je comprends qu’on me dise « oui mais moi j’aime trop la viande », les gens qui prétextent la tradition culinaire, ou ceux pour qui les difficultés à trouver des alternatives végétales en cuisine sont insurmontables. La barback est une drogue comme une autre ! Le mieux serait de ne jamais y goûter. Je ne pense pas que les végé soient des rabats-joie masochistes ^^.

Je fais ma maline là, mais des années de conditionnement rendent ma transition alimentaire un brin compliquée. Et mon mari et mes sauvageonnes ne me suivent pas sur ce coup. Sans faire de prosélytisme (ou presque), ça commence déjà à coincer car après 5 mois de végétarisme, je n’ai plus envie de leur acheter-cuisiner de la bidoche. Pour la paix dans les chaumières on repassera. Aïe.

Être végé ne s’improvise pas

 J’ai décidé de me supplémenter en vitamines B12. Certains végétariens ne le font pas car on peut théoriquement trouver de la B12 dans les œufs et les produits laitiers. Comme une partie de la population omnivore elle-même est carencée, que  je souhaite lever le pied sur le lait de vache et qu’il n’y a aucun risque de surdosage, je préfère prévenir que guérir.  Au début, je prenais un dentifrice enrichi en B12 (que l’on trouve ici) pratique, mais pas très zéro déchet. Puis finalement, j’ai opté pour des comprimés de  B12 (associés à du fer etc.) achetés sur le shop de la fédération végane.

Côté cuisine, j’ai découvert tout un univers

 J’ai dévoré une multitude de livres de cuisine végétalienne, cuisine beaucoup plus créative que la cuisine végétarienne. J’ai adoré celui de Marie Laforêt, très instructif, idéal pour connaitre les bases (pâte à tarte, cookies qui déchirent). Les recettes de Veggie Kids sont déjà des classiques dans ma cuisine de desperate housewife (pancakes moelleux, bâtonnets de tofu croustillants). Et en ce moment, je découvre avec régal la simplicité de la cuisine de la blogueuse la Fée Stéphanie (dans cet ouvrage ci).

A ma grande surprise,  les légumes ça peut être super bon (le scoop !). On m’aurait dit ça il y a quelques années, j’aurais clairement ricané. Mais ce n’est pas qu’une histoire de légumes. Il ne s’agit pas de simplement retirer la viande de son assiette. Au-delà de l’équilibre alimentaire, l’idée c’est de compenser le shoot de viande (gras+fumet) par d’autres associations, la diversité faisant incontestablement la richesse du goût, et se créer de nouvelles habitudes.

En quelques mois, j’ai fait de très belles découvertes culinaires (ou redécouvertes) ; les tofu soyeux et fumé (français of course), la sauce Tamari et les marinades en tous genres, les épices qui-n’arrachent-pas-la-bouche, le Miso, la levure maltée (alleluija !), le goût umami, le tofu pané <3, l’huile de sésame, le gingembre en poudre, la bolognaise et les burgers végétaux, les lentilles corail, la fécule de maïs, de pois chiche, les noix de cajou, la purée d’amandes, de noisettes, de cacahuète, les graines de sésame, de tournesol… Honnêtement à mon âge avancé (shut up), je ne m’attendais pas à découvrir autant de très bonnes choses !

En revanche niveau zéro déchet,  je mérite le Zero Waste Fail Award  à cause des emballages de tofu ! Damned !

Prochain défi : rendre les légumineuses plus attractives pour mes filles (et moi-même). C’est pas gagné…

Allé, souhaitez-moi bonne chance.

Et bon appétit bien sûr !