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Site & Situation : courses zéro déchet versus supermarché

(poke amical aux géographes qui me lisent)

Comme beaucoup de zerowasteuses débutantes, je rencontre des difficultés à faire mes courses en mode Zéro Déchet dans mon village de côte d’Azur plus connu pour son héliotropisme de retraités/touristes que pour son combat pour l’environnement et la justice sociale ; pas de magasin de vrac, grosses pression foncière, terres quasi exclusivement viticoles (AOC Bandol) d’où une offre en fruits & légumes locale très limitée (conventionnelle et hors de prix).

Aussi, entre deux visites à la chaine de magasin bio qui-coûte-un-bras (à 15-20 mn en voiture), chez les petits commerçants du coin (deuxième bras), l’AMAP et le marché dominical (un rein), il m’arrive encore de faire mes courses en supermarché ; loin, pas éthique pour un sou, mais moins cher et pratique (oui, je suis faible, ou une maman débordée -au choix). J’y amène mes sacs à vrac pour les fruits & légumes, en essayant de prendre le plus local/régional possible (le bio étant généralement sous emballage plastique et/ou du-bout-du-monde).

Après plusieurs tentatives infructueuses pour me faire servir dans mes propres contenants aux comptoirs de frais du supermarché, j’avais écrit au directeur du magasin (modèle de lettre à retrouver dans cet article.)

C’était en avril, et depuis, pour n’y être retournée qu’occasionnellement, je n’avais pas retenté le coup. Mon conjoint, lui, a réessayé (il avait surement un truc à se faire pardonner !) et s’est vu opposé un non catégorique. Damned!

Conséquence ou pas, un rayon de produits sec bio en vrac (flocons d’avoine, fruits à coque, pâtes, graines de chia) a été créé ! Il y a encore beaucoup de choses à améliorer, mais l’initiative a le mérite d’exister.

Une rencontre me donne l’espoir de faire un peu bouger les lignes… au moins localement.

Un entretien téléphonique inattendu

J’ai eu la chance de faire récemment la connaissance de Fanny de Plastic Attack France. (NB : Quel bonheur de parler avec quelqu’un de positif et qui partage les mêmes convictions que moi ! Une vraie bouffée d’oxygène !!) Nous avons discuté plus d’une heure, notamment des difficultés à se faire entendre quand on défend un mode de vie plus écolo. (D’ailleurs je devrais faire un article sur l’irréprochabilité exigée envers les personnes engagées, car c’est systématique et ça me gonfle –fin de la parenthèse). J’en suis venue à lui parler de ce fameux courrier à mon supermarché.

Quand Fanny m’a proposé de me mettre en relation avec la direction de Carrefour, j’ai cru mal entendre ! Ca n’a pas trainé ; quelques heures plus tard, j’ai eu la surprise de recevoir un appel de plusieurs responsables de chez Carrefour France (service « Développement durable ») !!

Ils posaient plein de questions et avaient l’air estomaqués de ce que je leur racontais, ponctuant mes phrases d’onomatopées, comme si j’étais une extra-terrestre. J’aurais tellement aimé voir leur tête en vrai ! Surréaliste !

On a brièvement évoqué la législation en France, en Belgique (plus ouverte).

Je leur ai rappelé qu’il n’y a aucune interdiction à se faire servir dans ses propres contenants, que c’est une pratique qui se développe de plus en plus chez les petits commerçants ; ils « perdent » des clients ! J’ai également évoqué le cas des « doggy bag » autorisés dans la restauration en France (cf. mon article).

Mon idée était de leur expliquer comment, à mon avis, on pourrait procéder en grande surface. On a parlé balance électronique et tare de Tupperware (oui il y a un bouton « tare » sur la plupart des balances), types de contenants (verre, inox, étanchéité) : une des craintes est de voir les clients ré-ouvrir les boites pour mettre d’autres produits, mais je ne vois pas en quoi cela diffère des sachets plastiques au rayon fruits & légumes. Il serait peut-être préférable d’avoir des contenants transparents pour un meilleur contrôle (visibilité). J’en ai profité pour parler de mes sacs à vrac, qui pèsent une pichenette plus lourd que leurs sachets papier/plastique proposés au rayon vrac… mais que toutes les caissières m’envient ! Bizarrement ils étaient étonnés que les vigiles me laissent entrer avec mes sacs à vrac et mes tupperware (non, je ne suis pas une terroriste, ils sont vides mes bocaux !)

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Deux pistes/idées se dégagent pour faire aboutir le chmilblick :

  1. Puisqu’acheter du frais avec ses contenants n’est pas interdit, il faut trouver une formulation qui rassurerait l’enseigne (en la protégeant légalement) pour dire qu’à partir du moment où le vendeur met le produit alimentaire dans le contenant du client, le respect des règles sanitaires (chaine du froid etc.) est de sa responsabilité (celle du client). Un genre de contrat vendeur/client. Reste à trouver sous quelle forme (support ?)…
  2. J’ai proposé qu’on mette l’étiquette autocollante de la pesée (celle avec le prix) sur l’intersection entre le couvercle du contenant et le contenant lui-même, pour faire une sorte de « scellée » par exemple… L’idée leur a beaucoup plu.

Petit regret ; j’ai oublié de leur parler du scandale des nouvelles bouteilles de lait en PET opaque, qu’ils proposent pour leurs bouteilles de lait entier Bio UHT Carrefour notamment, et qui ne sont PAS recyclables. Je fais comment moi maintenant ?? Toujours ce cruel dilemme du « bio mais pas du tout ZD » versus « sans emballage mais pas bio ». A propos du problème du PET opaque, je vous renvoie vers cet article de l’UFC Que Choisir de l’année dernière.

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Illustration attribuée au Groupement des Agriculteurs Bio (GAB) d’Île de France lors de leur campagne « Bio & Local, c’est l’idéal » (@ Bloutouf illustrations)

 

Mes interlocuteurs m’ont paru très intéressés et enthousiastes. La démarche leur plait, c’est « surement faisable » selon eux. Ils vont y travailler, c’est déjà un sujet de réflexion chez eux…

Ils m’ont assuré qu’ils feront remonter ça au niveau du supermarché Carrefour local (!), et qu’ils transmettront mes coordonnées à la personne en charge des questions de « Développement durable » pour « partager mon expérience client ».

Je les ai relancé par sms, mais j’attends toujours …

Bilan (avec un peu de recul)

Je ne sais trop quoi penser de tout çà…

D’après Greenpeace, Carrefour est une des enseignes de la grande distribution qui fait le plus d’efforts sur les questions d’écologie, comme l’indique l’article « La course zéro pesticide ; Qui sera le plus rapide à éliminer les pesticides de notre alimentation ? » sur l’engagement des enseignes françaises de la grand distribution contre les pesticides.

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Plus tard, en découvrant le communiqué du groupe Carrefour : « Carrefour s’engage vers 100% d’emballages recyclables, réutilisables, ou compostables » j’ai eu l’impression de m’être un peu emballée pour rien (sans mauvais jeu de mots) ; si c’est pour faire du tout recyclable… mouais bof.

Suis-je trop naïve ?

Je me dis que, au pire, c’est une bouteille jetée à la mer (sans mauvais jeu de mots -bis).

Wait & See donc.

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Dans tous les cas, cela ne m’empêche pas d’essayer d’être proactive à mon petit niveau. Il y a quelques semaines, avec une petit poignée de motivés, nous avons officiellement crée l’association locale « GASSAïE » qui propose des commandes groupées de produits locaux ou régionaux, bio dans la mesure du possible, et des ateliers de partages de savoirs et savoir-faire (ateliers DIY, conserves, jardinage etc…). On débute, mais j’y crois beaucoup !

On n’est jamais si bien servie que par soi-même !

On va y arriver !!! #ZDPower

EDIT déc 2018 : Bonne nouvelle !! Les bocaux sont enfin acceptés au Carrouf de chez moi ✌️ Bon en vrai, je n’y vais plus que très très rarement (vu qu’une super épicerie sans emballage s’est ouverte dans mon village ❤️). J’ai donc testé l’affaire tout exprès pour toi chère lectrice.eur. 1) on m’a laissé entrer avec mes tup-tup sans souci (cela dit z’ont rien vu les vigils). 2) j’ai tendu les dits tup-tup d’un bras assuré couplé d’un grand sourire ultra-bright, no soucy non plus. 3) habituel petit fail avec le papier plastifié dégainé en 2’2″ si t’es pas vigilante et la balance qui « ne tare pas comme on veut » mais on y est arrivé… 4) frolâge de gros couac avec la caissière qui, n’ayant pas eu de consignes, était visiblement en plein dilemne interne (ou reflux gastro œsophagien, au choix) pour savoir si elle me « laissait passer » avec mes tup-tup (ils vendent les mêmes et donc je pouvais être une fripouille malhonnête). Mais crotte, elle demandera au chef, ouf ! Bilan : J’vais plus chez Carrefour, mais c’est chouette quand même na!!!!! 🎉

EDIT mars 2019 : ça y est Carrefour annonce que les contenants propres seront acceptés dans TOUS leurs magasins (annonce ici) !!! Victoire  !! ✌️🎉